Secte ou religion ?

21 août 2009

La frontière est parfois floue entre la secte et la religion. Quand est-ce qu'une spiritualité quelconque peut-elle être considérée comme une secte ou une religion ? Il doit bien exister des critères, ou une définition, pour savoir ce qu'est une secte ! Il est possible de dire qu'une secte est une religion nocive, qu'elle porte préjudice à la personne qui y adhère, tandis que la religion est davantage bénéfique. Mais sur quoi se baser pour identifier la nocivité d'une religion ou d'une croyance en général ?

D'un pays à l'autre, toutes les sectes ne sont pas les mêmes. Par exemple, la scientologie est considérée en Belgique comme une secte, alors qu'elle est une religion acceptée officiellement en Espagne, ou pratiquée publiquement aux Etats-Unis. Qu'est-ce qui justifie une telle différence de classement ?

En réalité, les critères pour qualifier un mouvement spirituel de « secte » sont bien souvent flous ou inappropriés ; et on peut suspecter des organisations, telles que les religions traditionnelles ou les associations de défense des familles, d'user de ce qualificatif péjoratif pour dénigrer un mouvement concurrent, ou simplement dérangeant.

Anne Morelli, dans un livre complètement consacré à cette question[1], détaille les raisons habituellement invoquées pour traiter un mouvement de secte et montre comment ces raisons peuvent tout aussi bien être applicable à l'Eglise catholique qu'aux « sectes ». Par là, elle souhaite montrer qu'il n'y a pas de différences réelles entre une secte et une religion ; non pas que toutes les religions soient des « sectes », mais bien plutôt que la secte n'est pas plus nocive qu'une religion. La distinction est tout à fait arbitraire, ce n'est qu'une vue de l'esprit. L'Eglise catholique est, par le simple fait de son implantation millénaire sur le continent européen, a tendance à dévaloriser les autres types de spiritualité ; et a les traiter de « sectes ».

Parmi les critères invoqués pour définir une secte, on trouve souvent, par exemple, le fait qu'une organisation demande à ses adhérents beaucoup d'argent, qu'elle pratique un prosélytisme trop fort, qu'elle absorbe la personnalité de l'adhérent ou encore qu'il est rendu un véritable culte au chef spirituel auquel on se soumet. Mais Anne Morelli montre bien en quoi ces critères sont infondés puisque l'Eglise catholique, ou d'autres religions ayant pignon sur rue, pourraient alors, à leur tour, être qualifiées de « sectes », selon ces mêmes critères.

C'est pourquoi, Anne Morelli plaide qu'il n'existe pas réellement de sectes. Il s'agit juste d'une appellation qui marque une spiritualité contestée ou minoritaire. Elle préfère, à la place de « sectes », parler de « nouveaux mouvements religieux » ce qui rend davantage justice à l'organisation habituellement dénigrée, et permet une liberté de conscience plus large.

Notes

[1] MORELLI A., Lettre ouverte à la secte des adversaires des sectes, Bruxelles, Labor, 1997.


Dossier « Philosophie » apparenté (Approfondir la religion) :
Voir aussi :