Le suicide de Socrate, selon Platon

2 décembre 2009

Platon, qui est considéré comme l'un des premiers philosophes, traite du suicide, de manière indirecte, dans l'Apologie de Socrate[1]. Dans ce texte qui est rédigé sous la forme d'un dialogue, il met en scène Socrate, sur le point de mettre fin à ses jours. La scène se déroule devant le tribunal qui vient de condamner Socrate à la peine de mort.

La raison qui pousse le tribunal à émettre une telle condamnation est claire. Socrate, qui est un philosophe athénien, le maître de Platon, est accusé de pervertir la jeunesse et d'être la source de nombreux troubles dans la société. Il pourrait paraître curieux de porter de telles accusations à l'égard d'un philosophe ! En effet, qui pourrait nier la sagesse, la prudence, la modération et la nuance d'un philosophe ? Mais il faut savoir que Socrate dérangeait beaucoup les Athéniens. Il se baladait en rue en interrogeant les personnes qu'il croisait, pour leur montrer que leur comportement était stupide ou contradictoire. Il n'avait de cesse de les interpeler, pour les faire réfléchir et les pousser à se remettre en question.

Cette attitude critique et l'indépendance d'esprit de Socrate n'a pas plu à tout le monde, c'est le moins qu'on puisse dire. Socrate a donc été condamné à mort. En réalité il avait le choix : soit il pouvait partir en exil et ne plus jamais faire entendre parler de lui, soit il devait mourir. Et à l'époque, le condamné à mort devait exécuter sa peine tout seul, en buvant la cigüe (une coupe remplie de poison).

A ce moment, et en filigrane, la question du suicide prend forme : Socrate a préféré se donner la mort, plutôt que de s'exiler. Le plus étrange dans cette histoire, telle que nous la rapporte Platon, c'est que Socrate, dans ses derniers instants, juste avant de se suicider, garde son sang-froid et tout son esprit. Il affirme qu'il ne craint pas la mort, et va même jusqu'à prétendre qu'elle est un bien, vers lequel tout philosophe doit tendre.

Pour Socrate, philosopher, c'est apprendre à mourir[2]. Il n'a pas peur de mourir parce que, pour lui, la mort est le moment où l'âme se sépare du corps. Il est convaincu que seul le corps cesse d'exister. L'âme, au contraire, survit à la mort et accède à un monde meilleur, où les désirs matériels, l'envie, la douleur,... n'ont plus lieu d'être puisqu'ils appartiennent au domaine du corps.

Socrate voit la philosophie comme une discipline qui forme l'âme et l'affine, et considère le corps comme un obstacle à ce raffinement. Il ne craint donc pas la mort, puisque la mort n'est que la mort d'un corps, et puisque toute la philosophie tend à purifier l'âme pour un futur meilleur dans l'au-delà. La mort, explique Socrate, est un accomplissement pour le philosophe, qui a cherché, durant toute son existence, à favoriser la séparation de l'âme et du corps.

Notes

[1] PLATON, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, trad. fr. E. Chambry, Paris, Garnier-Flammarion, 1965.

[2] « Alors, Simmias, dit-il [=Socrate], c'est bien une réalité ! Ceux qui philosophent droitement s'exercent à mourir, et il n'y a pas homme au monde qui ait moins qu'eux peur d'être mort » (PLATON, Phédon, trad. fr. M. Dixsaut, Paris, Flammarion, 1991, p. 219).


Dossier « Philosophie » apparenté (La philosophie et le suicide) :
  • Le suicide, un problème existentiel
  • Le suicide de Socrate, selon Platon (vous y êtes)
  • Les Stoïciens face au suicide
  • La tentation suicidaire chez Montaigne
  • L'immoralité du suicide pour Kant
  • Le suicide au centre de la sociologie
  • La puissance du suicide chez Nietzsche
  • Camus : le suicide, une solution à l'absurde ?
  • L'impossibilité de sortir de la vie pour Lévinas
  • Euthanasie et suicide
Voir aussi :